La chronique de Christophe André

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Choses (presque) vues d'Éric Libiot : comment cultiver sa mauvaise humeur ?
02-04-2024
Choses (presque) vues d'Éric Libiot : comment cultiver sa mauvaise humeur ?
durée : 00:05:17 - Choses (presque) vues d'Éric Libiot : comment cultiver sa mauvaise humeur ? - Éric Libiot aime râler et ça lui va bien au teint. Plutôt que de se demander comment cultiver la bonne humeur, il cherche comment cultiver sa mauvaise humeur. C’est bien gentil de se poser la question de savoir comment cultiver sa bonne humeur mais on peut aussi se demander pourquoi il faut cultiver sa bonne humeur. Parce que finalement on peut aussi se demander comment cultiver sa mauvaise humeur ; c’est d’ailleurs une bonne question que je me pose régulièrement. Eh oui, j’aime râler. Râler me va bien au teint. Et en ce moment par exemple, je suis un râleur d’été et je m’agace d’en avoir perdu une le weekend dernier. Perdre une heure, c’est un sommeil perturbé et chacun sait qu’une mauvaise nuit nuit. Dans six mois je serai aussi râleur d’hiver comme divers râleurs que je connais. On gagnera alors une heure de sommeil en plus ou une heure d’éveil en plus et je trouverai bien une raison pour râler. Le râleur attend tranquillement son heure. Comme disait l’autre : rien ne sert de courir il faut râler à point. Ce changement d’heure à l’air de plaire uniquement à ceux qui nous gouvernent contre tous ceux qui râlent contre ce changement. Mais ne plus changer d’heure me ferait autant râler puisque dans ce cas-là je n’aurai plus de raison de râler. Voilà ce qu’il y a de formidable avec le râlage, c’est qu’il est toujours possible. Et c’est d’autant plus formidable que le râlage ne s’arrange pas avec l’âge. Alors pourquoi râler Ali ? Parce que râler c’est se tenir éveillé, c’est ne rien accepter comme argent comptant mais tout accepter comme argent mécontent. Je suis aussi un râleur de pointe, surtout dans les transports en commun. Trop de gens, pas assez de métro ou de bus et je le vérifie tous les jours car le bon râleur est proche du quotidien. Le bon râleur ne se permet pas de donner son avis sur des sujets qu’il ne connait pas. Le râlage n’a rien à voir avec l’ultracrépidarianisme qui est un comportement consistant à donner son avis sur des sujets qu’on ne connait pas du tout. Ce râleur là n’est pas digne d’en être. Parce qu’en être c’est du boulot et il faut savoir remettre les pendules au râleur Le bon râleur est un râleur local. Il faut savoir de quoi on parle pour savoir de quoi on râle. C’est important. Il y a trop de râleurs qui se la jouent à râler n’importe où. Car râler dans la bonne direction n’est pas facile. Et il ne faudrait pas confondre râler et comploter. Comploter c’est penser que rien n’est vrai, alors que râler c’est penser que tout peut s’améliorer. D’ailleurs dans comploter il y a con alors que dans râler non. Râler c’est imaginer qu’une humanité meilleure est possible. Il faut râler à son échelle et si chacun râle à son échelle, on peut râler plus haut. Il ne faut pas non plus opposer râlage et mauvaise humeur. La personne de mauvaise humeur se regarde le nombril, se révèle égotique et risque l’ulcère. Or il faut savoir que l’ulcère à rien et qu’on peut l’éviter, justement, en râlant. D’autant qu’il est possible de râler de bonne humeur. Non seulement il est possible de râler de bonne humeur mais râler met de bonne humeur Je propose donc qu’on change un peu les paroles de la Marseillaise, devenue La Rouscaillaise qui pourrait débuter par : "Râlons enfant de la patrie, le jour de gloire est arrivé."