La Pause géopolitique

Anne Battistoni, Major-Prépa

La Pause géopolitique est un podcast qui permet de prendre du recul sur les grands événements géopolitiques contemporains. À partir d'un événement d'actualité, ce podcast propose de mobiliser des concepts de géopolitique pour donner des clés de compréhension sur le monde qui nous entoure. La Pause géopolitique est animée par Anne Battistoni, ancienne professeur de géopolitique en classe préparatoire, et proposé par Major-Prépa, le site de référence des étudiants en prépa économique et commerciale. read less
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Episodes

L’Europe centrale, nouveau centre de gravité de l’Union  20 ans après son intégration ?
07-06-2024
L’Europe centrale, nouveau centre de gravité de l’Union 20 ans après son intégration ?
En avril dernier, les élections présidentielles organisées en Slovaquie aboutissaient à la victoire de Peter Pellegrini, candidatallié au premier ministre nationaliste et populiste Robert Fico. Cette victoire s’est largement jouée sur le thème de la guerreen Ukraine, le nouveau président affirmant qu’il était le candidat de la paix tandis que son adversaire pro-européen allaitprécipiter son pays dans la guerre par son soutien aux Ukrainiens. La Slovaquie se retrouve ainsi dirigée par un duopolepopuliste et nationaliste après la victoire de Robert Fico aux législatives d’octobre 2023. Son gouvernement qui vient par exen mars d’annoncer la suppression de l’instance judiciaire chargée de lutter contre la corruption, s’annonce illibéral. LaSlovaquie rejoint ainsi la Hongrie de Orban à la fois dans la complaisance vis-à-vis du régime de Vladimir Poutine et le refusd’aider l’Ukraine, et dans la critique de l’action de l’UE et la remise en cause de l’Etat de droit.Qu’en penser ? 20 ans après son entrée dans l’Union, l’Europe de l’Est semble générer des Etats qui freinent laconstruction européenne et qui rejettent un certain nombre de ses valeurs. Pourquoi ?Mais de qui parle-t-on ? L’Europe centrale et orientale a-t-elle encore une identité spécifique ? L’attaque russe sur l’Ukraineen février 2022 et la guerre qui dure depuis plus de deux ans apparaît comme un révélateur des divisions au sein de cetteEurope de l’est. L’euroscepticisme militant des démocraties illibérales (Pologne avant 2023, Hongrie, Slovaquie aujourd’hui)contraste avec l’ europhilie des Etats baltes ou aujourd’hui de la Pologne. Dans ce pays, vous vous en souvenez peut-être lesélections au printemps 2023 ont conduit à la victoire de Donald Tusk à la tête d’une coalition centriste et pro-europe quis’attache depuis à rétablir l’Etat de droit dans le pays.Comment comprendre ces évolutions et ces disparités ? Les spécificités de l’Europe centrale se sont-elles diluées en entrantdans l’Union ou bien cette intégration a-t-elle conduit à une réaffirmation de leur identité propre ? Certes aucun Etat entré ily a 20 ans ne souhaite quitter l’Union, car tous savent ce qu’elle leur apporte. Mais la question est posée : Peut-on passerd’une identité socialiste à une identité européenne facilement, en faisant l’économie d’une affirmation nationale ?Pour le dire brutalement, leur volonté affirmée clairement il y a 20 ans n’était -elle qu’un trompe l’œil masquant l’appât dugain ? en l’occurrence les aides européennes ?
L’industrie, une arme géopolitique au XXIe siècle  ?
02-04-2024
L’industrie, une arme géopolitique au XXIe siècle ?
Il fut un temps pas si lointain, la fin du XXe siècle, où l’on envisageait sereinement l’avènement de sociétés post-industrielles, où la diminution spectaculaire des emplois industriels dans nos sociétés occidentales nous semblait inévitable et peu dommageable. C’était un signe de modernité alors que nous vivions de plus en plus dans une société de services. Certes, il s’agissait d’une désindustrialisation relative, car la valeur de l’industrie mondiale a doublé entre 1980 et 2005. Mais les emplois partaient ailleurs : entre 2000 et 2004 par exemple, La Chine gagnait 7 millions d’emplois industriels, l’OCDE, les économies développés occidentales en perdaient le même nombre. Il y avait clairement des gagnants et des perdants en termes d’emplois, mais la baisse des prix des produits industriels laissait à penser que tout le monde s’y retrouvait. Cette thématique d’un monde post-industriel laissait croire à la fin de l’industrie. Quelle erreur dommageable ! Ce temps n’est plus.On définit classiquement l’industrie comme l’ensemble des activités économiques qui ont pour objet la production d’énergie et de produits manufacturés, qu’il s’agisse de produits semi-finis ou de biens de consommation. De plus en plus la séparation entre activités industrielles et de services n’est pas facile à opérer et devient artificielle. C’est ce qui explique le jugement de Pierre Veltz en 2017 dans « la société hyper-industrielle » « En réalité nous ne vivons pas la fin de l’industrie mais l’accouchement d’une nouvelle forme de société industrielle très différente de la forme dominante du siècle passé... Je l’appelle Hyper industrielle pour marquer à la fois sa nouveauté et la continuité avec l’histoire longue de l’industrialisation… L’industrie manufacturière, les services, les entreprises du numérique font désormais partie d’un même ensemble, et sont de plus en plus étroitement imbriqués. » Le slogan en vigueur aujourd’hui est celui de la réindustrialisation, en France, comme aux Etats-Unis, ou de l’industrialisation dans les pays du Sud. L’industrie en dépit de ce que l’on avait pu penser est bien le nerf de la guerre de l’économie, de l’emploi mais aussi et c’est un constat plus nouveau de la puissance. C’est une question qui concerne au premier chef l’Europe qui est prise en étau entre l’essor des puissances émergentes et la volonté de réindustrialisation US marquée par l’ inflation réduction act de l’administration Biden en 2022. .Cependant pour l’automobile comme pour d’autres exemples, il est clair que la compétition entre puissances est réelle. La Chine est considérée comme la première puissance industrielle mondiale depuis 2010. La domination chinoise sur l’industrie mondiale est-elle pour autant déjà actée et définitive ?
Afrique du sud : que reste-t-il des rêves de la nation arc-en-ciel ?
14-02-2024
Afrique du sud : que reste-t-il des rêves de la nation arc-en-ciel ?
Fin décembre, Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud entre 2009 et 2018, qui dut quitter le pouvoir après des accusations de corruption, a annoncé qu’il ne soutiendrait pas l’ANC aux élections de 2024, affichant clairement son opposition au président Cyril Ramaphosa . Zuma, 81 ans, annonça dans la foulée la création d’un nouveau parti politique, il accuse le président d’être un traître à la cause de l’ANC et d’être vendu « aux intérêts capitalistes blancs ». Cette initiative inquiète, car Jacob Zuma conserve ses supporters notamment dans sa province du KwaZulu-Natal, cherche à récupérer les déçus du gouvernement, manie facilement l’insulte (il a qualifié le gouvernement actuel de gouvernement « de collaborateurs de l’apartheid » ). Personne n’a oublié que les pires troubles de l’Afrique du Sud depuis 30 ans ont eu lieu en 2021, après l’emprisonnement pour outrage au tribunal de Zuma : les violences firent 350 morts et plus d’un milliard d’euros de dégâts. Tout cela laisse augurer une année difficile et tendue jusqu’aux élections qui doivent se tenir entre mai et août. Et il est vrai que la situation sociale difficile - le chômage touche 32 % de la population active - donne des arguments aux opposants. «Nous allons poursuivre notre lutte contre la criminalité et la corruption pour renouveler notre pays qui reste le plus inégalitaire au monde » a promis Cyril Ramaphosa dans un meeting en janvier. Les électeurs lui en laisseront-ils la possibilité ? Étudier l’Afrique du Sud aujourd’hui, c’est se demander ce que sont devenues les promesses de la Nation arc en ciel ? Et d’abord , parler d’une Nation Sud-africaine a-t-il un sens aujourd’hui ? En 1999, le successeur de Mandela, Thabo Mbeki affirmait dans son discours d’investiture : « le XXIe siècle sera africain » . Il portait au nom de son peuple le rêve d’une Renaissance africaine. Dans cette idée d’une renaissance africaine, il y avait l’espoir d’un renouveau du continent en termes de démocratisation ainsi que de développement économique et culturel. En même temps, ce concept permettait à l’Afrique du Sud et son nouveau dirigeant de se projeter sur la scène internationale, d’affirmer son africanité et de répondre à ceux qui estimaient que le gouvernement avait fait trop de concessions à la minorité blanche. Cette promesse de Renaissance africaine était l’espoir d’une dynamique propre à l’Afrique, impulsée par elle à l’heure de la fin de la guerre froide, dans un contexte favorable car les cours des matières premières étaient orientés à la hausse du fait de la forte demande chinoise. Thabo Mbeki, se devait après Mandela d’imprimer sa marque, il choisissait de refuser l’afro-pessimisme, affirmait la volonté de l’Afrique de tenir toute sa place dans la mondialisation. L’Afrique du Sud, mise au ban des nations africaines pendant l’apartheid et qui n’avait rejoint l’Organisation de l’Unité Africaine qu’en 1994, pouvait, du fait de son rang – elle était alors première puissance économique du continent-, prétendre à un leadership.
L’Argentine : un condensé des maux de l’Amérique latine ?
04-01-2024
L’Argentine : un condensé des maux de l’Amérique latine ?
L’Amérique latine a disparu largement de nos horizons dans une actualité chargée. En élisant le 19 novembre dernier un étonnant trublion Javier Milei, celui que l’on surnomme le Trump de la Pampa, celui qui se surnomme lui-même « El Loco » le fou, l’Argentine a surpris, choqué voire découragé plus d’un observateur averti pour qui le pays semble tomber de Charybde en Sylla, aller de mal en pis.Et pourtant, en 1910 lorsque l’Argentine célébrait le centenaire de son indépendance, elle recevait des délégations du monde entier venu admirer la modernisation accélérée de ce pays qui accueillait des immigrants européens venant chercher fortune. Elle exportait grains et viande pour sa prospérité, construisait des villes, des chemins de fer. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, l’Argentine était considérée comme un pays riche, elle était la 10e puissance économique mondiale. En 1986, lorsque le géographe Yves Lacoste fixait sur un planisphère la limite Nord/Sud, isolant les pays développés et les pays sous-développés, il prenait soin de détacher l’Argentine du reste de l’Amérique Latine et de le classer dans les pays développés. Depuis, les dernières décennies auront été le temps des désillusions, du déclin. L’Argentine a rejoint l’Amérique latine en quelque sorte dans une histoire ponctuée de crises financières, politiques, de mal développement. Si la démocratie a tenu depuis 40 ans, l’élection de Milei qui entend dynamiter le système traduit une immense colère de la population. Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ? Visiblement, la décision des BRICS menée par la Chine, en août dernier de faire entrer l’Argentine dans le groupe des BRICS + à partir de janvier 2024 n’a pas pesé pour les Argentins. En appartenant à ce groupe restreint de 11 puissances du Sud global, le pays trouvait pourtant là une reconnaissance, même si, il faut l’avouer ce choix surprit tant le pays était largement sorti des radars des journalistes. L’Argentine compte-t-elle sur la scène internationale ? Au soir de son élection, Javier Milei annonçait « Aujourd’hui, nous adoptons le modèle de la liberté pour redevenir une puissance mondiale ». Et pourtant, l’un des points clés de son programme est l’abandon de la monnaie nationale au profit du dollar : est-ce cohérent ? mais vouloir bâtir une puissance en confiant totalement sa politique monétaire à un autre Etat n’est pas la seule surprise du programme du nouveau président argentin.
Mers et Océans : nouvelles compétitions géopolitiques ?
23-11-2023
Mers et Océans : nouvelles compétitions géopolitiques ?
Les océans recouvrent 72 % de notre planète, justement surnommée la planète bleue. Cette partie du monde a longtempséchappé aux emprises des États ; c’est sur terre que les États exerçaient leur souveraineté, fixaient des frontières,établissaient leur population. D’une certaine manière, on pourrait dire que les mers étaient spontanément anarchiques : lesactivités humaines s’y déployaient loin du contrôle des gouvernants, laissant beaucoup d’initiatives aux hommes.Aujourd’hui, les océans représentent de multiples enjeux : ils sont déterminants pour la circulation des marchandises, deshommes – migrants- comme des informations – câbles sous marins - ; ils recèlent des ressources indispensables, exploitées –pêches, hydrocarbures offshore – ou prometteuses - métaux rares - ; ils jouent un rôle déterminant dans les équilibresclimatiques planétaires, enfin ils sont le lieu de confrontation stratégique et où s’expriment vivement des rivalités entrepuissances.Avec de tels enjeux, on assiste à une banalisation géopolitique des mers et océans. Qu’est-ce que cela veut dire ? Au fond,qu’ils deviennent des territoires comme les autres, que les États s’efforcent de borner, d’exploiter, de surveiller et quirévèlent l’aristocratie des puissances. Mais, et c’est cela qui est intéressant aussi à étudier, nous sommes aujourd’hui dansune période clé où s’expriment une tension forte entre d’un côté les ambitions des États pour mieux contrôler et exploiterces étendues marines et de l’autre côté la résistance de la communauté internationale, d’ONG qui, par des traités négociés,cherchent à les protéger. Les mers deviendront-elles des territoires comme les autres ?
Le retour de la question palestinienne : et après ?
19-10-2023
Le retour de la question palestinienne : et après ?
Début 2023, les relations israélo- palestiniennes semblaient s’inscrire dans une « guerre de cent ans » interminable, qui devenait au fil du temps de plus en plus favorable à Israël, en dépit de l’absence de perspective de paix avec les Palestiniens, peuple privé de tout droit à l’autodétermination et à un État. Le chercheur Alain Dieckhoff propose le terme de guerre de Cent ans, pour qualifier les relations israélo-palestiniennes, même si le conflit est surtout visible depuis la création d’Israël le 14 mai 1948. Il prend ici comme point de départ l’année 1922, date à laquelle le Royaume Uni obtient un mandat sur la Palestine conféré par la Société des Nations. Les Britanniques avaient la charge en Palestine de respecter leur promesse faite par le ministre Balfour en 1917 de créer un foyer national juif en Palestine tout en respectant les droits de tous les habitants alors majoritairement arabes. Une conciliation qui s’avéra impossible. Un siècle plus tard, au terme de cette « guerre de cent ans » moderne, l’année 2023 semblait consacrer l’effacement de la question palestinienne dans un Moyen-Orient en pleine recomposition. Certes, dans les territoires occupés de Cisjordanie, des heurts violents entre factions palestiniennes et armée ou colons israéliens faisaient entre janvier et septembre plus de 220 victimes dont 190 Palestiniens. Mais l’opinion internationale s’était accoutumée à ces troubles périodiques. L’attaque du Hamas le samedi 7 octobre dernier a donc été un coup de tonnerre, humiliant Israël, et rappelant au monde l’impossible refoulement de la question palestinienne.
Turquie : Que va devenir le rêve ottoman d'Erdogan ?
11-05-2023
Turquie : Que va devenir le rêve ottoman d'Erdogan ?
Il y 100 ans, le 29 octobre 1923, l’officier Mustafa Kemal, brillant chef de guerre devenu un charismatique leader politique,  proclamait la naissance de la République de Turquie, après l’abolition du sultanat l’année précédente et le départ en exil du dernier sultan Mehmed VI. Kemal en devenait le premier Président et il gouverna son pays jusqu’à sa mort, en 1938. Sous sa présidence autoritaire, le pays fut complètement transformé, modernisé, débarrassé selon son souhait de l’emprise des forces cléricales obscurantistes et l’Assemblée du peuple le nomma officiellement en 1934  “Père de la nation”, Atatürk. 80 ans plus tard, en 2003, Erdogan, accède au poste de premier ministre : il est le confondateur en 2001 du parti de l’AKP, parti Justice et développement, qui se présente comme un parti musulman conservateur. Aujourd’hui, 100 ans après la proclamation de la République, 20 ans après l’accession au pouvoir d’Erdogan, quel est le visage et la puissance de la Turquie ? Alors qu’ Erdogan a régné plus longtemps sur le pays qu’Atatürk, a -t-il transformé la Turquie comme son prédécesseur l’avait fait ?  Un double rêve l’animait :  marquer la Turquie de son empreinte, afin de surpasser Atatürk dans le cœur des Turcs, et redonner à la Turquie la place, l’influence, l’aura qu’elle avait au temps de l’Empire Ottoman. Il est vrai que la Turquie bénéficie d’une position géostratégique cruciale ; pont entre l’Europe et l’Asie elle est au carrefour de régions politiquement souvent instables : Proche-Orient, Caucase, Balkans.  Indéniablement, la Turquie depuis 20 ans a fait une irruption remarquée sur la scène internationale mais c’est un pays difficile à cerner, passé maître dans le jeu de balancier entre pays. Pays d’un nationalisme ombrageux, obnubilé par la défense de son unité et de son intégrité territoriale, il a surpris ces dernières années par un activisme nouveau en matière de politique étrangère, à 360°, comme il dit, c’est-à-dire dans toutes les directions, activant la carte musulmane chère à son président. Alors, après 20 ans de pouvoir, le rêve ottoman d’Erdogan de replacer la Turquie au cœur du jeu géopolitique mondial est-il atteint ?
La démographie mondiale : le temps des déséquilibres ?
16-04-2023
La démographie mondiale : le temps des déséquilibres ?
L’anthropologue Claude Levi-Strauss, décédé en 2009, déclarait en 2005 : « La question qui domine véritablement ma pensée depuis longtemps et de plus en plus, c’est que quand je suis né, il y avait un milliard et demi d’habitants sur la terre ; quand je suis entré dans la vie active…il y en avait deux milliards, ; et maintenant il y a six milliards et il y en aura 8 ou 9 dans quelques années. Eh bien à mes yeux, c’est çà le problème fondamental de l’avenir de l’humanité, et je ne peux pas avoir d’espoir pour un monde trop plein ». Faut-il partager ce pessimisme ?  Il y a d’emblée deux manières d’appréhender l’évolution démographique. Soit l’on prend en compte l’évolution en valeur absolue et effectivement le milliard d’humains supplémentaires en 11 ans inquiète, soit l’on regarde la croissance relative (mesurée en %) et l’on constate une décélération remarquable. Elle était au plus fort dans les années 1960 (plus de 2 %  par an) ; ce taux ne cesse de diminuer depuis pour atteindre en 2022 1 % . Bref, si la terre gagne encore environ 240 000 hab. supplémentaires par an, le gros de la croissance démographique est derrière nous. La division de la population de l’ONU est la principale source d’information statistique, elle produit des scénarios pour le futur avec des estimations basses, médianes ou hautes.  Il y a peu de marge d’erreur d’ici à 2050 car la majorité des hommes et des femmes qui vivront sont déjà nés et l’on peut prévoir assez bien leurs comportements ;  prédire l’évolution ensuite est plus difficile. Les chiffres que je vous donne dans ce podcast proviennent des statistiques onusiennes et également de l’Institut national des études démographiques (INED) et concernent les années 2021 ou 2022. Dans leurs dernières prévisions médianes, les démographes des Nations Unies estiment que le pic de population sera atteint vers 2080, avec environ 10, 4 mds d’hab. ce qui, d’une certaine manière, ne fait « que » deux milliards de plus en un bon demi-siècle…D’autres instituts font des projections un peu différentes, comme l’institut viennois (IIASA) qui prévoit au maximum 9, 8 mds en 2070/80 selon leur scénario médian. Bref, retenons qu’au XXIe siècle, la population mondiale va connaître son pic à 10 milliards ou un peu moins et aura commencé sans doute à décroître à la fin du siècle. Mais ce n’est pas le seul bouleversement à attendre : l’urbanisation est l’autre fait marquant avec l’essor des mégapoles. Si 13 % de la population était urbaine en 1900, 1/3 en 1960, nous sommes désormais plus urbains que ruraux à plus de 55 %. Enfin les migrations seront affectées par cette croissance, même s' il y a moins de migrants dans le monde aujourd’hui en proportion qu’en 1900, fait trop peu connu…
La France en Afrique : l’heure du divorce
20-03-2023
La France en Afrique : l’heure du divorce
Le 6 février dernier, Amira Bouraoui , journaliste et activiste franco-algérienne qui avait réussi à fuir son pays pour la Tunisie a pu embarquer dans un avion à destination de la France, échappant à l’expulsion et l’arrestation en Algérie. Ce faisant, la France a heurté l’Algérie qui a rappelé son ambassadeur, et cet énième coup de froid entre les deux pays intervient alors que Paris et Alger avaient cherché à l’été 2022 à relancer leur coopération.  Décidément, la France a bien des difficultés à avoir une relation apaisée et confiante avec ses anciennes possessions d’Afrique du Nord, d’autant que Maroc et Algérie sont des frères ennemis et que tout pas vers l’un fâche l’autre. Ces pays entendent montrer qu’ils sont souverains et les liens se distendent, tandis que ces Etats sont également sollicités par d’autres partenaires. Au-delà de l’Afrique du Nord, c’est toute la place de la France en Afrique qui est aujourd’hui en question. La realpolitik aujourd’hui menée par la France, Emmanuel Macron évoquant un nouveau partenariat Afrique-France en mars, peut-elle masquer le fait que nous sommes à l’heure du divorce.  Mais à quoi correspond-t-il ?  Est-ce simplement un moment de l’histoire qui fait de la France le bouc émissaire de situations de crise ou la rupture est-elle plus grave ? Ce divorce est -il simplement la fin ultime de la décolonisation ou s’apparente-t-il à un divorce pour faute liée aux comportements néo-coloniaux de la France ? Est-il une simple décision africaine ou une manipulation des Africains par des puissances étrangères au premier rang desquelles la Russie et la Chine ?
La malédiction impériale russe (une année de guerre en Ukraine)
24-02-2023
La malédiction impériale russe (une année de guerre en Ukraine)
Nous allons consacrer ce numéro à un triste anniversaire. Février 2023, depuis un an, la guerre sévit à l’est du continent. L’agression russe contre l’Ukraine a changé le cours de l’histoire, économiquement en provoquant à court terme crise énergétique, alimentaire et inflation, géopolitiquement en accentuant la reconfiguration du paysage mondial, revitalisant l’OTAN mais augmentant le fossé Nord-Sud, piétinant les principes de la Charte des Nations Unies et faisant de l’usage de la force le nouveau déterminant des relations internationales. Beaucoup a été dit et écrit sur ce conflit.  Je vous propose aujourd’hui de nous concentrer sur la Russie et sa politique de puissance. En reprenant l’histoire de la Russie, ancienne et récente, interrogeons-nous sur l’incapacité de la Russie à se penser autrement qu’en puissance impériale à la tête d’un Empire qui n’a cessé de connaître des fluctuations dans ses frontières (notamment à l’ouest), mais dont l’État central n’a jamais renoncé à l’usage de la force militaire pour retrouver les territoires perdus. À cette aune, la guerre en Ukraine est pour la chercheuse Anne de Tinguy, une guerre néo-impériale et de civilisation, nourrie par l’obsession de la grandeur de Vladimir Poutine. Il y a ainsi une malédiction impériale russe, à la fois pour les territoires et les peuples qu’elle assujettit contre leur gré mais aussi pour la Russie elle-même, incapable d’imaginer de nouveaux ressorts de puissance alors qu’elle n’est pas dépourvue d’atouts et qu’elle va sortir affaiblie du conflit, quelle qu’en soit l’issue.
L’ONU est-elle en état de mort cérébrale ?
31-01-2023
L’ONU est-elle en état de mort cérébrale ?
Intéressons-nous aujourd’hui au vaste sujet de la gouvernance mondiale. Le monde est aujourd’hui une mosaïque de près de 200 États. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale n’en comptait qu’une cinquantaine seulement, puisqu’à l’époque les Empires coloniaux étaient à peu près intacts. C’est pendant cette guerre que les États-Unis ont proposé aux alliés de fournir un cadre au futur système international permettant des relations ouvertes, fondées sur l’égalité de droit entre tous les États et conduisant à une gouvernance partagée, des règles communes, des accords concertés.Ce multilatéralisme institutionnalisé est devenu d’autant plus indispensable que le nombre d'États a connu une nette inflation et en géopolitique l’on parle d’une balkanisation du monde pour désigner cet émiettement des structures étatiques. Je vous propose aujourd’hui de faire le point sur ce dialogue multilatéral, alors que les questions à traiter sont de plus en plus cruciales et que l’état des relations internationales ne cesse d’inquiéter.Centrons-nous sur l’organisation pivot de ce multilatéralisme, l’Organisation des Nations Unies objet aujourd’hui de vives critiques :  est-elle en effet impuissante face aux crises voire inutile ou simplement paralysée par la vigueur du nationalisme des Etats ?   Ce podcast est proposé par Major-Prépa et Anne Battistoni, ancienne professeur de géopolitique en classe préparatoire.
Quelle politique étrangère pour les États-Unis après les élections de midterms ?
09-01-2023
Quelle politique étrangère pour les États-Unis après les élections de midterms ?
L’administration de Joe Biden a fait voter depuis l’invasion Russe une aide militaire à l’Ukraine d’un montant de près de 60 milliards de dollars entre février et novembre 2022. L’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, les États-Unis n’étaient donc aucunement obligés de leur porter secours comme ce serait le cas si la Russie agressait par exemple un État balte. L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord spécifie en effet une aide des pays membres de l’alliance à tout pays agressé par une puissance extérieure. Néanmoins les Etats-Unis entendent soutenir la liberté des Ukrainiens, leur droit à disposer d’eux-mêmes face aux Russes, adversaires de toujours. En cela, ils sont fidèles à une posture internationaliste et libérale qui est la leur depuis des décennies.  Avant l’élection, une trentaine de représentants démocrates publiaient une tribune qui remettait en cause la pertinence de cette aide, expliquant qu’il était également temps de se préoccuper des difficultés intérieures du pays. Cette tribune suscita aussitôt moult protestations, au sein du parti démocrate et au-delà, et fut ainsi enterrée. Est-ce le signe qu’il n’y a que peu de débat sur la politique extérieure américaine ? L’unanimisme prévaut-il ? Que change la victoire républicaine à la Chambre des représentants ? Les faiblesses de la démocratie américaine peuvent-elles être compatibles avec une action extérieure résolue ?   La Pause géopolitique est un podcast édité par Major-Prépa et animé Anne Battistoni, ex-professeure de géopolitique en classe préparatoire.
L’Iran : d’une révolution à l’autre ?
21-12-2022
L’Iran : d’une révolution à l’autre ?
En cette fin d’année 2022, l’Iran est au cœur de l’actualité. Fin novembre, l’Agence internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) confirmait que l’Iran commençait à produire de l’uranium enrichi à 60 %. Ce faisant, le pays s’approche du seuil de 90 % nécessaire pour produire une bombe nucléaire, et s’éloigne  toujours un peu plus de ce qui était prévu par l’accord de 2015 qui n’autorisait le nucléaire qu’à des fins civiles. Certes cet accord de 2015, connu sous le sigle JCPOA, avait été dénoncé par l’administration Trump en 2018. Agissant ainsi, l’Iran montre sa détermination à obtenir l’arme nucléaire et qu’il ne croît pas à la renégociation de l’accord en dépit des discussions en cours à Vienne voulue par la nouvelle administration Biden. Il est clair que l’arme atomique est une carte que l’Iran veut conserver pour peser dans la géopolitique régionale et mondiale, mais également pour affirmer un régime aujourd’hui contesté à l’intérieur depuis septembre par des manifestations.Début décembre, le pouvoir annonça qu’il allait réviser la loi de 1983 sur le port du voile islamique, signe que le régime est inquiet de l’ampleur de la contestation  Si la place de l’Iran dans les rapports de force moyen-orientaux et mondiaux est intéressante à décrypter, l’actualité intérieure lui donne un éclairage nouveau et révèle ses enjeux. Mais que se passe-t-il aujourd’hui en Iran ? Les manifestations de la jeunesse sont devenues un mouvement plus large qui remet en cause le régime. Faut-il pour autant y voir une nouvelle Révolution et le prélude à des bouleversements géopolitiques régionaux ?