Les mots imposés

Radio Arc En Ciel et Radio Omega

Avec “Les Mots Imposés”, nos invités disposent d’une minute pour s’exprimer sur un mot qu’ils découvrent juste avant de prendre la parole. L’exercice n’est pas simple. Il fait surgir une image mentale parfois étonnante et toujours pleine de saveur et de personnalité.  Nos invités, acteurs de la solidarité et de l’engagement en faveur des autres nous livrent ainsi chaque jour un peu de leur intimité, une sorte de pépite de pensées et de sentiments entremêlés qui viennent déposer un rayon de soleil et d’espoir au quotidien.

Fragilité
16-09-2022
Fragilité
"Reconnaitre ses fragilités c’est une grande étape dans nos vies personnelles pour avancer. De pouvoir travailler sur nos fragilités de différentes manières, des fois au sens psychologique ou spirituel. De pouvoir les remettre aussi à plus haut que soi, à celui qui nous dépasse et qui nous aime. Et puis fragilité, c’est celles aussi des personnes qu’on rencontre qui sont touchées par des crises, des bénéficiaires de telle ou telle action, des gens qui ont perdu des repères dans leur vie parce qu’il y a eu la guerre, parce qu’il y a une crise financière comme au Liban où on perd vraiment ce qui faisait le quotidien, le sens du quotidien. Donc on rencontre des gens qui ont des fragilités, d’un coup les larmes arrivent, et puis des fois de la joie d’être soutenu quand même… L’important c’est de répondre par la dignité de notre regard, la considération, de pas avoir de rapport condescendant, au contraire de se sentir humain avec eux. Dans la bible il y a cette expression « pleurer avec ceux qui pleurent, rire avec ceux qui rient », pas avoir ce sentiment de sauveur, de toute puissance, qui est faux, qui est de l’idolâtrie, qui est se mettre à la place de Dieu quelque part, et au contraire être dans l’humilité, parce qu’on est soi-même fragile, on ne peut pas répondre à toutes les crises, toutes les choses, mais on a notre part à faire. Reconnaitre sa fragilité pour être ouvert à ceux qui vivent une fragilité c’est important." La question de la fragilité, explorée par Mathieu Busch, directeur d'Action Chrétienne en Orient : (
Sens
15-09-2022
Sens
"J’ai eu une vocation assez jeune pour devenir pasteur quand j’étais lycéen, autour de mes quinze ans comme ça, sans trop savoir ce que ça allait amener. Quand on est adolescent une vocation qui se découvre c’est très enrichissant, épanouissant, après on fait des études, on fait des expériences, et fréquemment on se demande « mais qu’est-ce qui fait sens ? Est-ce que mon sens se renouvelle, le sens de ma vocation, de mon ministère de pasteur ? ». On rencontre beaucoup de difficultés, il y a moins de monde au culte, les églises chez nous, sécularisées, etc… Et finalement en venant à l’action chrétienne en Orient, il y a trois ans, quelque part ça m’a redonné du sens aussi dans ma vocation. Il y a cette ouverture vers d’autres églises qui ont aussi d’autres difficultés, qui pourtant m’apportent beaucoup aussi par leurs témoignages, leur engagement, l’expression de leur espérance, leur ténacité, ça me nourrit, ça me redonne aussi du sens à moi, dans mon travail. Je sais pourquoi je travaille, je sais qu’il y a des personnes là-bas qui comptent sur nous, qu’il faut témoigner ici, récolter des fonds, partager des temps de prière, des temps d’information. Pour moi ça fait sens, sens aussi d’une histoire, puisqu’on est dans les cent ans de l’Action chrétienne en Orient, d’avoir retracé l’évolution de notre association sur cent ans, on a vu que ça avait beaucoup de sens, et ça vous aide aussi voilà, tous les jours quoi." Le sens, aux yeux de Mathieu Busch, directeur d'Action Chrétienne en Orient : (
Peur
14-09-2022
Peur
"Quand je pense à peur et au Proche-Orient je pense à la première fois où je suis revenu en 2018 en Syrie, et le passage de la frontière entre le Liban et la Syrie, et je me suis dit « est-ce que je fais pas une connerie quoi ? Est-ce que je ne suis pas en train de rentrer dans le royaume des morts, que je mets pas ma vie en danger, est-ce que ça vaut le coup en fait ? ». Et puis la surprise aussi d’entendre le bruit des combats. À l’époque j’étais à Damas, les avions russes bombardaient les banlieues où il y avait les rebelles, notamment islamistes ou même Daesh et d’autres, et de m’dire « ben là il y a des gens qui meurent à trois kilomètres et puis moi je suis là dans un p’tit hôtel, à rencontrer des personnes », ça m’a vraiment perturbé. Et puis d’entendre comme ça les explosions en continu durant les nuits que je passais là-bas, c’est impressionnant le bruit de la guerre, et puis en même temps, de manière très étonnante, c’était donc en 2018, les gens avaient déjà sept ans de guerre derrière eux, habitués à entendre ces bruits-là et à avoir une vie normale dans une atmosphère anormale. C’était vraiment étrange, mais finalement on s’y habitue très vite. C’est assez fascinant, perturbant, j’ai pas du tout eu cette même peur en revenant deux fois en Syrie en 2019. Finalement quand je suis avec des gens là-bas qui me reçoivent, je n’ai plus peur en fait." La peur liée au Proche-Orient, une expérience proposée par Mathieu Busch, directeur d'Action Chrétienne en Orient : (