PODCAST

Reportage France

RFI

Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.


La carte postale du Tour:  sur la trace de la mine d'Arenberg
Il y a 2d
La carte postale du Tour: sur la trace de la mine d'Arenberg
Au menu des coureurs du Tour de France ce mercredi : les pavés du nord. La cinquième étape reliera Lille à Arenberg, où la ligne d'arrivée a été installée juste devant l'ancienne mine de charbon fermée il y a près de 30 ans. Dans la région, le lien entre mineurs et cyclisme est encore très présent. De notre envoyé spécial à Arenberg, « La cage était là, en dessous de la roue. Une fois dedans, vous partiez à 13 mètres/seconde au fond ». Il a les mains râpeuses d’un laboureur de charbon. De son regard bleu ciel, Aimable Patin contemple toujours les installations décrépies de l’ancien site minier. Il y est entré à l’âge de 15 ans. Descendu au fond comme son père, comme tous les hommes de son âge dans le bassin minier valenciennois. « Tout le monde avait peur. Celui qui me dit qu’il n’a jamais eu peur, je sais qu’il ne dit pas vrai. Moi j’ai eu peur, mais je n’ai jamais voulu le montrer, raconte-t-il.  À l’école, je savais que ma destinée était de venir travailler ici. Même mon directeur d’école me disait : "Aimable, travaille bien à l’école et tu auras une bonne place à la mine" ». Mineur, c’est un métier pénible et dangereux. Aimable ne compte plus les amis partis trop jeunes à cause de la silicose, les vies brisées par tant de dureté. Et pourtant il reste fasciné par cet endroit. « Ce qui me manque le plus, c’est l’odeur. Quand on descendait, il y avait une odeur particulière. Moi, si je retrouve une mine, j’y descends tout de suite, rien que pour l’odeur. » « Les pavés, vous allez voler dessus ! » Arenberg est aussi connue pour sa fameuse tranchée : une route pavée rendue célèbre par la course Paris-Roubaix. Elle fut introduite sur le parcours en 1968 par Jean Stablinski. Un gars du pays, mineur devenu cycliste professionnel, plusieurs fois champion de France et équipier sans faille de Jacques Anquetil sur la Grande Boucle. Aimable Patin, lui aussi, connaît bien la tranchée d’Arenberg. « La tranchée, je l’ai sûrement passée bien plus que Jean Stablinski et tous les autres. J’y passais deux fois par jour. Pour prendre la tranchée, il faut accélérer à fond à partir de l’église. Les pavés, vous allez voler dessus. » Via les pavés, et cette tranchée, un lien intime s’est noué entre cyclistes et gens du nord. « On souffre sur les pavés aiguisés de la tranchée d’Arenberg comme on souffrait en dessous dans la mine, explique le journaliste Laurent Galinon auteur du livre Classiques. Cette drève des boules d’Hérin, vrai nom de la trouée d’Arenberg, a toujours été empruntée par des cyclistes. Ce n'étaient pas des athlètes ni des champions, mais c’étaient, tous les jours, des ouvriers qui passaient par là. » Ouvriers et mineurs sont de moins en moins nombreux dans cette région dévastée par le chômage. Alors Aimable, à 76 ans, s’est donné une dernière mission : celle de transmettre. « Quand je fais une visite dans la mine, je transmets. Mais alors quand le Tour de France arrive ici, il va y avoir des milliers de personnes là tout autour. Ces gens d’ici ou d’ailleurs vont voir le chevalet, les installations, ils vont poser la question. Et nous, les anciens, on sera là pour leur répondre : “C’est là que les hommes descendaient au fond, on les appelait les mineurs et ils faisaient du charbon. »
Déchets ultimes en Alsace: quels risques pour l'eau potable?
Il y a 1 semaine
Déchets ultimes en Alsace: quels risques pour l'eau potable?
Le bras de fer continue entre les alsaciens et le gouvernement autour de 42 000 tonnes de déchets ultimes stockés en sous-sol. Dernier épisode en date : l’arrêt, le 25 mai dernier, des travaux de confinement des galeries de Stocamine à Wittelsheim, près de Mulhouse, sur ordre du tribunal administratif de Strasbourg. La collectivité européenne d’Alsace, l’équivalent du département, avait déposé un recours devant la justice pour stopper le bétonnage. Fin mai, Extinction Rébellion, le mouvement international de désobéissance civile contre l’effondrement écologique, pénètre sur le site de Stocamine, à Wittelsheim, pendant quelques heures et fait la Une des médias. Le tout est retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Pousse – un pseudonyme – estime que le stockage de déchets ultimes met en danger la plus grande nappe phréatique d’Europe située sous le Rhin, qui concerne la France, la Suisse et l’Allemagne. « Ce que l'on veut, c'est le déstockage : sortir les déchets et les traiter plutôt que de les laisser pourrir la nappe phréatique qui est au-dessus. Ça pollue l'eau potable de 7 millions de personnes. » Stocamine est située à 550 mètres sous terre, juste en dessous de la nappe phréatique d’Alsace qui court de Bâle, au sud, jusqu’au nord de l’Alsace. Le projet d’un centre de déchets ultimes – non recyclables – est né à la fermeture des Mines de potasse d’Alsace. Mais tout s’arrête en 2002 après un incendie. L’État décide alors de remonter les futs de mercure et d’arsenic. Il reste toujours 42 000 tonnes de déchets que l’État et tous les ministres de l’Écologie successifs souhaitent laisser dans la mine. Les Alsaciens, eux, voudraient que tout soit déstocké. « La mine se referme, certaines galeries sont prêtes à s’effondrer. Il faut bétonner les galeries et s'il y a pollution, elle sera minime, assure Céline Schumpp, directrice des Mines de potasse d’Alsace. La mine qui se referme rend les travaux de plus en plus difficiles. Si toutes les mesures de précaution qui ont été retenues ne s'avèrent pas efficaces, le risque maximum, c'est 0,7 m3 et donc un panache sur 100 mètres dans la couche inférieure de la nappe qui n'est pas utilisée en eau potable. » Le gouvernement, les différents experts retenus, les différents ministres de l’Environnement répètent que déconfiner est trop cher et trop dangereux. Les écologistes répètent, on ne peut pas risquer la moindre pollution de notre eau. Laissez nos experts remonter tout ce qui peut être remonté. Wittelsheim compte 11 000 habitants. Située près de Mulhouse, la commune est souvent qualifiée de commune poubelle. Le maire, Yves Goepffert propose un stockage surveillé pour 70 ans, une solution de compromis. Pour lui, chaque camp est figé dans des hypothèses non vérifiées. « Avant de faire hypothèse sur hypothèse, il faut vérifier s'il y a de l'eau. On laisse des ouvrages de pompage, et on pompe cette eau d'exhaure, qui sont les infiltrations du puits. C'est ce que l'on fait dans les mines de charbons. C'est ce que font nos amis allemands qui ont des mines de potasse qui ont été fermées avec des enfouissements. » Le tribunal administratif de Strasbourg se prononcera sur la nouvelle demande d’autorisation de confinement déposée par les anciennes mines de potasse d’ici à la fin 2022.
Comme un air de vacances pour de jeunes nageurs handisports ukrainiens
22-06-2022
Comme un air de vacances pour de jeunes nageurs handisports ukrainiens
Ils ont entre 12 et 17 ans. Après deux mois consacrés à l'entraînement sportif en région parisienne, des jeunes nageurs handisports ukrainiens, accompagnés par l'Association Paul Guinot, se sont vus offrir une respiration dans le très réputé Centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle de Kerpape, en Bretagne. Rencontre. Blond comme les blés, les pieds dans l'eau, André dresse un petit barrage en sable pour arrêter les vaguelettes qui viennent mourir sur la plage de l’Anse du Stole, cette plage du Morbihan. Ce jeune garçon de 12 ans l’a découverte quelques jours auparavant quand il est arrivé à Kerpape en compagnie des jeunes nageurs du club Invasport de Kiev dont sa camarade Dasha : « Nous avons été très touchés par l’accueil à notre arrivée. Un accueil très simple, mais avec le drapeau ukrainien. Il y avait même des Ukrainiens qui vivent en Bretagne ». Et pour bien démarrer ce séjour breton, tous se sont retrouvés dans l’eau pour une initiation au surf adaptée aux personnes en situation de handicap. Même Oleksei, malgré la tétraplégie qui le contraint à se déplacer en fauteuil :   Le surf, c’était une grande surprise. En quelques minutes, ils nous ont mis des combinaisons et ils m’ont descendu dans l’eau avec un fauteuil spécial. C’était pas facile pour moi, mais j’en ai profité pour nager. C’est la première fois que je nageais dans l’océan. Une super sensation. Je n'oublierai jamais... « Je sais surfer maintenant et j'aimerais bien en refaire... » André non plus qui a franchi sa première vague avec l’aide des membres de l’association Vagdespoir : « Grâce à eux, j’ai réussi à tenir sur la planche et à monter sur la vague. Je suis très fier d’avoir réussi. Je sais surfer maintenant et j’aimerais bien en refaire », espère-t-il.  Comme un air de vacances pour ces jeunes qui ont dû quitter leur pays en guerre en y laissant leurs proches, même si certaines mamans ont fait le déplacement : « Bien sûr, c'est formidable ici, mais on ne peut pas s’arrêter de penser à notre pays, à notre famille… J’ai la chance d’avoir ma maman avec moi, mais mon papa… Il est engagé dans l’armée et je pense tout le temps à lui », dit Oleksei.  Briller un jour aux Jeux paralympiques Oleksei n’oublie pas qu’ils sont des nageurs de haut-niveau, caressant l’espoir de briller un jour aux Jeux paralympiques, comme plusieurs anciens élèves de leur entraîneuse Yana Sytnikova : Avant de venir à Kerpape, nous avons eu la chance de nager dans une super piscine à Massy. On a retrouvé notre niveau d’avant. On a même progressé. Beaucoup ont battu leurs records. J’espère qu’on va reprendre l’entraînement le plus vite possible.  Mais pas trop vite quand même, confie Anton, qui rêve de prolonger son séjour en France au-delà des trois mois prévus initialement, alors que la guerre s’installe dans la durée en Ukraine : « C’est bien d’être ensemble et de découvrir la France », ajoute Anton. « Ce n'était pas prévu. Je voudrais voir encore les châteaux de la Loire et rester plus longtemps au bord de la mer pour en profiter… Ce n’est pas encore le moment de rentrer à la maison. »  Pour aller plus loin : Contact de l'Association Paul Guinot Site de l'Association Paul Guinot
Quel avenir pour les arbres autour de la Tour Eiffel?
19-06-2022
Quel avenir pour les arbres autour de la Tour Eiffel?
Les Jeux Olympiques de 2024 approchent. Ce qui signifie pour la Maire de Paris de profondes transformations de la ville. Des travaux parfois polémiques. C'est le cas du projet du futur quartier de la Tour Eiffel. Léa Ramsamy s'est rendue à un rassemblement contre ce projet et la protection des arbres à Paris. D'en haut d'un platane vieux de deux siècles, Thomas Brail donne une conférence pour parler des forêts. Mais si le militant a pris de la hauteur, c'est aussi pour dénoncer la rénovation du Champs de mars : un projet qui menace ses arbres centenaires. « Il y a un kiosque à bagagerie qui doit être construit à deux mètres de ses racines. On sait qu'en dessous, il y a des racines. Pour le construire, il faudra passer en dessous sur des dizaines, voire des centaines de mètres. Procéder sur un arbre bicentenaire de la sorte aura de grosses conséquences, sachant qu'il existait déjà lorsque Gustave Eiffel a construit sa tour », s'exlame Ludovic Coste, membre du Groupe National de Surveillance des Arbres créé par Thomas Brail, dont il partage le combat. Dont acte. Face à la polémique, la mairie revoit sa copie. « Il n'y a pas encore de décision prise par rapport à cette question de bagagerie. On peut tout à fait imaginer qu'il y ait une relocalisation sur d'autres sites. Le projet va être remis à plat. On verra si c'est faisable ou pas, mais dans la préservation stricte du patrimoine arboré existant, et avec également, la plantation de nouveaux arbres et la végétalisation de nouveaux espaces », explique Christophe Najdovski, adjoint à la végétalisation des espaces publics. La mairie de Paris souhaite planter 227 nouveaux arbres sur le site de la Tour Eiffel.  « Ce qu'il faut voir, ce n'est pas juste la quantité d'arbres que l'on plante, c'est aussi pourquoi on les plante, où on les plante, et est-ce qu'on préserve les arbres en place. Quand par exemple, vous plantez des arbres très denses, tous les arbres ne peuvent pas survivre, parce qu'ils se font de la concurrence, et finalement, une grande partie des arbres meurt. On dit combien on en plante à l'instant T, mais on ne dit pas combien il en reste dix ans plus tard. Ici, on a des arbres qui sont déjà là, qui sont déjà grands, qui remplissent déjà leur rôle pour rafraîchir l'atmosphère. Et ces arbres ne sont pas protégès », explique Bruno Doucet de l'association Canopée forêts vivantes, organisateur de la conférence, qui remet en cause le projet.  « On est sur des arbres qui seront plantés dans l'espace public, donc il y a des règles. Quand on plante dans l'espace public, c'est pour faire en sorte que les arbres en question vivent plusieurs dizaines d'années, voire davantage. On est bien sur l'idée d'une densification végétale, et aussi d'un travail, qui vise à adapter la ville. À la question du dérèglement climatique, on sait que c'est par la végétalisation que l'on répondra aussi à ce défi d'aujourd'hui et de demain », assure Christophe Najdovski, qui affirme que tous les arbres plantés seront viables. Thomas Brail ne restera pas perché sur son arbre. Le Champ-de-Mars n'est pas le seul dossier qu'il défend. Ce lundi 20 juin, il rencontre la ministre de l'Écologie, Amélie de Montchalin pour discuter de la protection des forêts.
Crise des urgences: les difficultés de l'hôpital de Dreux
12-06-2022
Crise des urgences: les difficultés de l'hôpital de Dreux
De nombreux services d’urgences sont au bord de la rupture. Leur accès a été restreint ou va l’être dans 120 hôpitaux, faute de soignants en nombre suffisant, selon le décompte de Samu-Urgences de France. Parmi les établissements dans la tourmente : l’hôpital de Dreux, en Eure-et-Loir. Récemment, pour protester contre leurs conditions de travail et le manque de personnel, la majorité des paramédicaux des urgences était en arrêt de travail, jusqu'à ce que la direction s’engage à recruter. Ici comme ailleurs, les urgences sont en première ligne, point de convergence des difficultés, entre problèmes d’accès aux soins de la population et manque de places d’hospitalisation. Philippe, la cinquantaine, est né à Dreux. Il y a vécu toute sa vie, et il a vu ces dernières années la désertification médicale gagner du terrain.  « Je n’ai plus de médecin traitant. Il est décédé. Quand j’en cherche un, ils disent qu’ils sont déjà complets. Quand ils partent en retraite, ils ne sont pas remplacés. J’ai connu à une époque, où même dans les quartiers populaires (moi, je viens d’un quartier populaire), il y avait minimum un ou deux médecins. Aujourd'hui, c’est une denrée rare. Quand j’ai besoin de voir un médecin, je vais aux urgences, pour avoir un diagnostic ou être rassuré », raconte-t-il. 20 000 patients de plus par an en dix ans De plus en plus d’habitants, comme Philippe, se rendent aux urgences de l’hôpital faute de médecins de ville. Mais ce n’est pas là la seule cause de l’engorgement des urgences. Il y a aussi, en aval, la difficulté récurrente à trouver une place d’hospitalisation pour les patients qui en ont besoin. Pas assez de lits, car pas assez de personnel en raison de budgets trop contraints, estime Thierry Buquet, délégué syndical CGT à l’hôpital de Dreux, et brancardier de métier. Selon lui, la situation aux urgences est compliquée depuis plusieurs années : « Il y a 10 ans, on faisait 35 000 entrées par an. Aujourd'hui, on tourne autour de 55 000, et les effectifs ont augmenté, mais très légèrement, et pas en lien avec l’augmentation de l’activité. » « C’est pour cela qu’il y a une difficulté pour les agents dans la prise en charge. Quand je travaillais aux urgences, au début, il est clair qu’on ne voyait pas des brancards dans les couloirs. Le flux aux urgences n’avait rien à voir avec ce qu’on voit aujourd'hui. Et on avait les lits nécessaires pour accueillir les gens dans les étages. Ils ne stagnaient pas aux urgences », explique-t-il. « Ces conditions nous rendent inhumains » Conséquence de l’engorgement des urgences : des personnels en souffrance, comme Clem, aide-soignante, et Lucie, infirmière. « Physiquement, je suis épuisée, et puis ras-le-bol de ne pas pouvoir prendre en charge correctement les patients. C’est ce qui me gêne le plus. On n’est pas là en train de mettre des choses en rayon, on s’occupe de l’humain. Je n’ai pas fait ce métier pour être inhumaine et maltraitante. - Et vous avez l'impression de l'être parfois ? - Oui. On ne peut plus s’occuper des gens comme il le faudrait. Humainement, on ne peut plus parler avec eux, on ne peut plus répondre à leurs besoins premiers. Ils sont inquiets, ils veulent parler à leur famille, mais les familles n’ont pas le droit de rentrer depuis le Covid. On n’a pas le temps, ni de leur donner à boire, ni de les faire communiquer avec leur famille, ni même parfois de les emmener aux toilettes. Là, on ne répond plus aux besoins premiers, vitaux presque des gens. Personnellement, je ne suis pas bien du tout. J’avoue que j’ai ce métier-là dans les tripes, mais je n’ai pas fait ça pour être inhumaine et certains patients nous le disent. Ces conditions nous rendent inhumains, et c’est vrai », confient-elles.  Après un mouvement social, où l’accès aux urgences de l’hôpital de Dreux a dû être restreint, la direction s’est engagée à recruter des paramédicaux. Reste à les trouver et à les garder. Un défi, car l’hôpital public attire de moins en moins les soignants.
Écologie: le Relais Jeunes arrive à Paris après un tour de France de quatre mois
08-06-2022
Écologie: le Relais Jeunes arrive à Paris après un tour de France de quatre mois
Ce samedi 11 juin, le Relais Jeunes arrive à Paris. À pied ou à vélo, ces jeunes engagés pour le climat et la justice sociale ont fait le tour de France pour sensibiliser les citoyens à leur cause. Leur aventure a commencé le 20 février dernier. Pendant plus de trois mois et demi, ils ont sillonné les routes, rencontré des associations, des chercheurs, des agriculteurs. Leur dernière étape avant la capitale était Fontainebleau, à une quarantaine de kilomètres de Paris. Un reportage de Léa Ramsamy. Des visages encore endormis, des tartines et du café. Les membres du Relais Jeunes partagent le petit déjeuner dans le jardin de la maison d'hôte qui les accueille au milieu de la forêt. Sasha de Laage, 24 ans, est le fondateur de ce projet. Il a voulu organiser cette marche en réponse à l'angoisse des jeunes pour leur avenir. « Je rappelle que le climat a fait 2,7 % de temps d'antenne pendant la présidentielle. Il s'agit tout simplement, comme nous le rappellent le dernier rapport du Giec et tous les experts, de la viabilité même de la Terre. Face à cette angoisse-là, on a décidé de ne pas rester les bras croisés et de se mettre en mouvement pour aller parler aux gens qui savent, qui font déjà différemment, pour replacer un peu ces enjeux-là et cette crise systémique au cœur des débats », lance-t-il. Un tour de France au contact des acteurs de l'écologie Lou Garcia est co-organisatrice du Relais Jeunes. À 25 ans, elle finit son master de politique environnementale. C'est à l'Académie du Climat de Paris qu'elle rencontre Sasha de Laage et le reste de l'équipe. Convaincue par le projet, elle s'y engage. « C'est une aventure personnelle hyper enrichissante parce que je dépassais enfin le côté très théorique de mes cours sur l'écologie. J'allais enfin à la rencontre des gens, que ce soit des agriculteurs, des associations, des collectifs en lutte. C'est là que je me suis rendue compte à quel point on parlait vraiment de vie très concrète. » Élisa Alameda n'est pas encore bien réveillée. Pour cette étudiante de 22 ans, le Relais Jeunes a montré comment les enjeux environnementaux concernent tous les domaines, notamment la santé. « Je n'avais aucune idée qu'il y avait des gens qui vivaient dans ces situations-là, où le taux de cancers dans leur ville est trois fois plus élevé que la moyenne, c'est le cas à Fos-sur-Mer par exemple à cause de toutes les industries qu'il y a autour, explique la jeune femme. Et je me suis dit qu'en fait c'était peut-être aussi une stratégie à adopter, plutôt que de rester que sur des enjeux environnementaux. La santé, c'est quelque chose qui touche vraiment tout le monde et il fallait mettre beaucoup plus en avant cet aspect-là. » Une initiative apartisane mais pas apolitique En cette année d'élections, le Relais Jeunes n'est affilié à aucun parti, mais la politique est au centre du projet comme l'explique Lou Garcia. « C'est là qu'est la nuance, dire qu'on est "apartisan", qu'on est pas affilié à un parti, mais on ne peut absolument pas dire qu'on est apolitique parce que ce qu'on fait est profondément politique vu qu'on s'attaque à des enjeux de société et qu'on dit qu'on veut faire société différemment. » À la veille du premier tour des élections législatives, Sasha de Laage rappelle que voter est important. « On s'est rendu compte avec ce Relais Jeunes et cette expérience de quatre mois autour de la France à quel point le rôle de député est important pour que l'écologie, la justice sociale, la démocratie se fassent ressentir et s'exercent vraiment partout sur le territoire. » Le Relais Jeunes doit arriver à Paris ce samedi à 15h. Les organisateurs iront déposer leur manifeste à l'Académie du Climat.