Monde sensible : le projet

Monde sensible

10-01-2023 • 9 mins

Nous avons pour habitude d’utiliser soit notre tête, soit notre corps. Or, les activités qui nous invitent à faire coexister les deux dimensions en même temps, nous permettent de placer notre sensibilité au service de notre intelligence cognitive. Laisser place aux ressentis du corps et aux sensations comporte toutefois un risque : celui de laisser émerger nos émotions, et de nous reconnecter à notre vulnérabilité. Je suis convaincue que l’intelligence d’un individu ne se limite pas à sa tête, même si le sensible n’est pas toujours valorisé dans nos systèmes traditionnels. Le mot « intelligence » vient du latin intelligentia, qui désigne l’« intelligence », bien sûr, mais en tant que « faculté de percevoir » et de « comprendre ». Elle consiste à « lire, cueillir, choisir » les éléments du réel pour comprendre le monde à partir de soi. Tout ce qui nous permet de lire le monde est donc « intelligence ».

En donnant à ce podcast le titre de Monde sensible, j’ai souhaité réhabiliter le monde des sensations, des ressentis, de la subjectivité. Ce monde perceptible à travers les « sens », donc palpable et bien réel, mais changeant, libre et imprévisible. Un monde qui n’exclut pas les idées et les concepts, mais les teinte de nuances, de souplesse et d’ouverture.

En choisissant le titre de Monde sensible, j’ai souhaité rendre hommage à « ce qui peut être ressenti » et donc à la sensibilité, dans le sens de « faculté de sentir ». Sachant que le mot « sensibilité » a aussi pour sens « signification », le « sensible » est selon moi ce qui permet de capter le sens. Je considère le ressenti, bien que subjectif, témoin d’une réalité qui, même si unique parfois, a toute sa place et sa légitimité, tout autant que la réalité identifiable et mesurable, reconnue par tous. Et pourtant, le Monde sensible est décrié depuis l’Antiquité, et désigné par la pensée scientifique de forme dégradée et inférieure du monde « vrai », le Monde intelligible. Il désigne, depuis Platon, le monde des sensations : terrestre, mouvant, éphémère et subjectif ; relié à la sphère du désir et de la passion, et bien éloigné de la raison. Face à lui, le monde intelligible : monde de la raison, de la réalité fixe et immuable créée par Dieu d’abord, puis validée et soutenue par les sciences. Il n’est pas question de suprématie d’un monde sur l’autre. Selon moi, raison et sensible sont complémentaires et indissociables. Si la réalité n’était que constituée de faits et de visible validés par tous, alors il n’existerait qu’une seule réalité. Or, quand nous avons la capacité de ressentir le monde, quand nous percevons la réalité « palpable », et que nous sommes aussi en mesure de la « palper » par des canaux sensoriels émotionnels ou énergétiques, alors il est difficile de se limiter au visible. Cette capacité à capter l’invisible, c’est la sensibilité, qui est bien réelle, puisqu’elle se base sur nos « sens », mais qui est à la fois subjective, spécifique, mouvante et insaisissable. Parce qu’elle ne peut pas être fixée, parce qu’elle est incertaine, elle fait peur. Protégeons-nous derrière nos certitudes ! Je souhaite, grâce à ce podcast composé d’autant d’espaces-temps de témoignages et de partages, donner à voir le déploiement de personnalités sensibles à un instant T, le temps d’une séance de coaching, de supervision, d’un module de formation ou d’une simple interaction. Je souhaite que chacun puisse, s’il en ressent le besoin, se réconcilier avec son fonctionnement spécifique, jusqu’à affirmer sa manière toute particulière d’appréhender le réel, de comprendre et d’exprimer le monde. D’occuper enfin sa juste place, pour que le Monde sensible puisse venir nourrir et complexifier la pensée cognitive, trop souvent souveraine à mon goût. Pour un monde moins binaire, moins exclusif, moins rigide, moins catégorique, peut-être. Prêt à intégrer davantage le différent, l’incertain et l’imprévu.