Des processus bien parallèles

Monde sensible

07-03-2023 • 9 mins

Un jour, l'une des coachs que je supervise m’avait confié son souhait de réfléchir à une activité créative à proposer à l’un de ses clients pour débloquer l’accompagnement. Nous avons d’abord échangé sur les hypothèses des origines de ce blocage. Au bout de quelques minutes, nous sommes arrivées à l’impasse, c’est-à-dire au point de résistance que nous touchions par reflet systémique. Alors je décidais de sortir à tout prix de la bouteille à mouches, peu importe mon choix : le mouvement apporté par le processus parallèle que je m’apprêtais à déclencher serait de toute manière matière à découvertes et à apprentissages. Mon goût pour le lâcher-prise m’aide bien souvent à sauter sans savoir où je vais atterrir. J’aime m’abandonner à la confiance qu’ensemble, entre pairs, nous découvrirons des réponses, quelles qu’elles soient. Qu’il nous suffit de modifier quelque chose au niveau de l’énergie de l’instant pour obtenir un résultat différent, ô combien éclairant. Je l’ai invitée à désigner des objets dans la pièce, et à les nommer en décalé. Dès le premier passage, elle a brillamment réussi. En même temps qu’elle avait joué, mille questions avaient traversé mon esprit. Je lui ai demandé comment elle avait vécu l’expérience, et l'ai invitée à faire des liens avec le cas qu'elle venait d'évoquer. Elle a exprimé le manque de confiance qu’elle percevait chez son client. Et que le simple fait d’avoir joué, lui avait donné l’envie de partager un moment différent avec lui. Alors je lui ai fait part de mes doutes, des questions qui m’avaient traversé l’esprit pendant qu’elle réalisait l’exercice. Et nous avons analysé, à travers les processus parallèles émergents, les points qui nous semblaient importants. L’espace de supervision, en tant qu’échantillon du système du cas client, offre la possibilité d’influer sur ce dernier à travers la puissance d’action retrouvée par le coach. Un jeu inspiré des exercices que nous utilisons en théâtre d’improvisation pour développer les compétences de l’adaptabilité et du lâcher-prise, m’a permis ce jour-là de débloquer par reflet systémique l’énergie coincée en coaching. Mais il m’arrive de proposer d’autres types de « cassures », d’autres portes d’exploration. L’outil n’est qu’une proposition qui mène au point Juste du système dont il est le précieux échantillon, le temps du travail en supervision, coaching ou formation. Il n'a d’intérêt que s’il nous permet d’accéder aux processus en œuvre dans les situations explorées. Les processus parallèles, sont systématiques en supervision, et montrent souvent le bout de leur nez bien avant chaque séance. J’aime capter ces reflets, parce qu’ils sont des informations précieuses sur le Tout des relations et situations que je m'apprête à explorer. J’aime imaginer que notre monde est un hologramme géant, composé d’une infinité de parties, dans lesquelles se reflète ce Tout ; chaque partie se reflétant donc dans chacune des autres parties. Si l’on apprenait aux enfants à goûter la réalité à partir de leurs sens, en tant que petits échantillons aiguisés, alors ils pourraient apprendre à s’émerveiller du vécu de l’autre, aussi visible que dans un miroir et aussi perceptible qu’une caresse. Seulement voilà. On nous apprend dès petits à exister en tant que partie dissociée de cet immense hologramme qu’est le Vivant. Parce que nous sommes tous uniques, différents, nous croyons très tôt que nous sommes nous, et que les autres sont eux, et que les émotions des autres leur appartiennent totalement. Nous restons à distance, nous observons et nous jugeons. Or, chaque individu nous dit quelque chose du système que nous formons à l’instant T. Il dit quelque chose de lui, de nous, et donc de moi. Cette triple lecture du monde me semble aujourd’hui indispensable, à chaque instant. Elle donne de la valeur aux choses et aux êtres, à la fois spécifiques, particuliers, et tellement proches.