PODCAST

Puissant Chantier

Laurent Mäusli

Je t'emmène dans les coulisses du studio "Puissant Bazar". Je te montre le processus créatif dans son imparfaite splendeur. Je raconte mes tentatives, mes doutes, mes hésitations. J'ose être humain et tailler un autoportrait intérieur. Surtout, au fil des épisodes, tu verras comment j'ai finalement réussi (ou pas) à gagner ma vie grâce à qui je suis.

Avoir faim
10-12-2021
Avoir faim
Transcription complète : L'autre jour, je me suis regardé dans le miroir et j'avais la tête des mauvais jours. J'ai regardé mon reflet et je n'ai pas reconnu l'homme en face de moi. J'ai vu un visage aux traits tirés, mais aussi un visage trop rond, trop plein pour être le mien. Etrange. Il me fallait un point de référence. Alors, je suis monté sur la balance. Verdict  : 80 Kg. Cela fait très longtemps que je n'ai pas été aussi lourd. 5 kilos de trop, peut-être plus. C'est le poids des soucis, de l'incertitude, du sentiment de ne pas être au bon endroit. Ces derniers mois, j'ai trop mangé, parce que ma tête avait faim. Mais de quoi ai-je faim ? Quand je partage mon travail, je m'expose. Je dois être conscient que je vais décevoir des gens. Parce que je propose une vision du monde qui n'est pas universelle. J'ai récemment publié un épisode de Puissante Panoplie et je n'ai pas été bon. J'étais désorganisé, brouillon et en retard. Je me suis imposé un sujet pour coller au thème de la saison. J'ai improvisé un texte au dernier moment. Et ça s'entend dans ma voix, dans le manque d'énergie et de souffle. La machine ne tourne pas rond. Pourtant, je n'ai pas honte de cet épisode. Je sais que tout n'est pas à jeter. Derrière cette incroyable succession de banalités et d'évidences, il y a de la matière utile. Tu as peut-être déjà le sentiment d'être habituée à ce rendez-vous, cette parenthèse de quelques minutes. Jeudi passé, tu as peut-être guetté la publication d'un nouvel épisode et tu as été déçue. Je m'appelle Laurent Mäusli et j'ai choisi de me mettre artistiquement en danger. J'accepte de ne pas toujours répondre à tes attentes. Récemment, j'ai regardé en arrière et je me suis demandé comment m'est venue l'idée de lancer mon podcast. Pourquoi le format audio ? La réponse évidente est que je consomme moi-même beaucoup de podcasts. Je suis en moyenne abonné à une vingtaine de podcasts. Alors il était inévitable que je veuille lancer mon propre podcast. Non, c'est trop simple comme réponse. Cela m'a amené à creuser beaucoup plus profond, beaucoup plus loin. Et je réalise que Puissant Bazar, c'est mon Cheval de Troie. En version pacifique. Je ne vais pas m'infiltrer dans une ville et l'attaquer de l'intérieur. Non, c'est plus abstrait que ça. Je suis en train de revenir dans le monde de l'art. De formation, je suis photographe et au fil des ans, j'ai quitté la photo contemporaine. Une certaine incarnation de la photo contemporaine. Celle qui veut qu'on doit tout expliquer, tout justifier, tout bétonner. Comme si une image contemporaine ne pouvait pas survivre sans concept. Rien n'est fait au hasard ou de façon spontanée. Je ne pense pas être suffisamment clair dans ma tête, assez conscient de mes intentions pour m'épanouir dans ce type d'art. Ce que je recherche c'est l'art appliqué, l'art applicable. L'art utile. Celui qui est accessible, qui aide les gens à changer. De l'art direct. Faire un podcast, c'est revenir à un mode d'expression plus basique : ma voix et un micro. Il n'y a pas trop de variables, pas trop d'options, mais assez pour que je ne me sente pas à l'étroit.   J'ai trouvé un espace de liberté où je ne suis pas face à un jury. Il n'y a pas de concours. Je ne dois pas accrocher mon travail dans une galerie ou essayer de convaincre un musée de m'accueillir. Je fais mon truc, je le publie et tu l'écoutes où tu veux, quand tu veux. De l'art direct. Par contre, cela ne va pas m'empêcher de faire évoluer mes podcasts. J'aime débuter en faisant simple. Puis j'ajoute des couches : plus de musiques, plus de sons, plus de variété. J'essaie d'enregistrer hors de chez moi. Avec un autre micro. Avec les moyens du moment. Juste avec le téléphone. Pour capturer une tranche de vie ou juste une émotion fugitive qui n'attend pas que je la saisisse. Je suis affamé et je me suis trompé de nourriture. Je n'ai pas besoin de nourriture physique. Ce n'est pas mon estomac qui faim, mais bien
Passer un palier
08-11-2021
Passer un palier
Transcription complète : Bon, je te préviens, je ne suis pas sûr que ma voix tienne le coup sur un épisode complet. Mais comme le meilleur moment pour enregistrer c'était il y a deux semaines, autant se lancer maintenant. Durant quelques semaines, j'ai voulu prendre soin de moi. Avec le recul, je réalise que j'ai fait l'inverse. Je me suis déconnecté de ce qui me fait avancer. J'ai complètement arrêté de créer. Je me suis privé de mon carburant. J'ai crû m'accorder un break. En réalité, j'ai brisé mon élan. Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Simplement ralentir en observant. Quand je m'arrête totalement, je commence à trop réfléchir, à tourner en rond et à douter.  Je dévie, je zigzague en évitant inconsciemment mes objectifs. Je sombre dans l'ennui. Le genre d'ennui qui me plombe, qui me coule. Et dans ces moments, mon mauvais réflexe est de chercher à me divertir. Je fuis en poursuivant un mirage. Par exemple, je me suis mis en tête que je devais absolument m'acheter un nouveau casque audio, en partie pour me récompenser d'avoir achevé la première saison de mon podcast. Je me suis embarqué dans de longues recherches pour trouver le casque idéal... mais Internet est un gouffre sans fond. En y réfléchissant, je sais que je fuyais l'un de mes démons : la peur de ne pas réussir à confirmer mon premier essai. Quand je débute, je n'ai pas conscience de faire un travail de qualité. Ce n'est qu'après coup que j'arrive à dire si c'était bien ou pas. J'ai peur de ne pas parvenir à prolonger cet état de grâce. Comme un pilote de planeur qui sait qu'il ne peut pas échapper indéfiniment à la gravité.   Eh bien tu sais quoi ? Je ne suis pas l'homme d'un seul coup d'éclat. J'ai un moteur, je suis une machine à créer et il est temps de remettre une briquette de charbon dans la chaudière. Je m'appelle Laurent et je relance le Puissant Chantier. Parce que ce n'est que le début. Parce que j'ai envie de connaître la suite. Parce que je ne vais pas arrêter à la moindre difficulté. Pas comme avant. Pas comme toutes les autres fois où j'ai renoncé trop tôt. Non, pas cette fois. Mais avant de reprendre la bataille, j'aimerais voyager dans le temps et te parler de ce moment où mon podcast a brusquement basculé dans le concret. On va retourner quelques mois en arrière, au moment où mon premier podcast n'était qu'une idée, une envie. Nous sommes en mai 2021. Depuis presque une année, j'ai consommé une quantité invraisemblables d'articles, de vidéos et de podcasts pour savoir comment faire un podcast. Après plusieurs mois d'attente, j'ai enfin pu mettre la main sur un micro. J'ai aussi réussi à choisir un morceau de musique pour le générique. A présent, il faut que j'écrive un épisode pilote pour prouver que ce projet peut exister. Dans le monde des séries, ils enregistrent d'abord un épisode-pilote pour pouvoir ensuite aller taper à la porte des producteurs et des diffuseurs. Dans mon cas, l'épisode-pilote sert surtout à me convaincre que je suis capable de produire au moins un épisode. Est-ce que je sais rendre mon sujet intéressant ? Est-ce que je possède les compétences pour faire exister ces idées qui me passent par la tête ? Est-ce que ça va tenir la route ? Alors, je me lance. J'écris le script en t'imaginant, en essayant de deviner ce qui te préoccupe, ce qui te ralentit dans ton quotidien d'artiste. J'enregistre un premier brouillon sonore. Puis un autre. Et encore un autre. Ma voix ne me suit pas. Elle ne sort pas de moi avec suffisamment de puissance et de conviction. C'est un essai. C'est déjà ça. Je passe au montage. Je n'arrive pas à m'habituer au son de ma voix. J'ai envie de me cacher. Je rajoute des musiques. Bon, ça va déjà mieux. Je fais écouter à une, deux personnes. On me dit : "C'est pas mal, il y a de bonnes idées, mais il manque quelque chose." Et là je me dis : "C'est mauvais, ma voix ne va pas. Je dois encore travailler tout ça. C'est trop tôt et le fichier...
La musique va me sauver
22-09-2021
La musique va me sauver
Dans cet épisode, je parle de ma relation à la musique et comme je trouve progressivement ma voix. Et pourquoi se rassurer ne sert à rien.  Transcription complète : Depuis longtemps,  j'ai l'intime conviction que la musique va me sauver. Quelle que soit la période dans ma vie, la musique est présente. Il n'y a pas de mauvais moment pour écouter de la musique. Je suis l'acteur principal dans le film de ma vie et j'ai besoin d'une bande-son. Naturellement, mes podcasts doivent avoir de la musique. Et cette attirance pour la musique m'a retardé de plusieurs mois.  Je vais te raconter tout ça ainsi que mon rapport à la musique après le générique. Car oui, j'ai finalement réussi à choisir une musique qui me convient, qui ressemble à celle que j'avais en tête sans vraiment savoir comment elle sonnait. Il y a une progression et ce que j'appelle une douce détermination. La ferme intention d'avancer, même lentement. Il y aussi un côté épique parce qu'il faut une part de folie pour se jeter dans l'arène de la création... Je m'appelle Laurent et je t'emmène dans mon Puissant Chantier. Je te raconte les débuts d'une aventure créative. Avant que je n'oublie les détails et les moments difficiles. Afin que je me rappelle d'où je viens. Dans plusieurs mois, quelques années... est-ce que j'aurais été fidèle à mon plan, ma vision, mon rêve ? C'est impossible à prédire, mais je peux m'arranger pour ne pas perdre la mémoire grâce à ce podcast. Presque chaque soir, je prends 30 minutes, une heure voire deux heures pour avancer dans ce projet. Pour poser une brique après l'autre pour construire ce studio virtuel qui s'appelle Puissant Bazar. Ma vision c'est de pouvoir proposer un réseau de podcasts, par des artistes pour des artistes. Pour des personnes comme toi qui ont la création en elles, qui ne peuvent pas, ne pas créer. Alors chaque soir, que ça aille bien ou mal, je finis par me coucher et je me dis : "Quelle aventure !" Parce que ça ne s'arrête jamais, il y a toujours quelque chose à faire, c'est un voyage. Oui, c'est cliché, mais créer c'est apprendre à apprécier le processus, à regarder le paysage à l'extérieur et à l'intérieur. Il y aura des étapes, des réussites et des échecs. Et avant tout, le but c'est le mouvement. Quand je débute un projet, j'essaie de me rassurer, je me dis que ça va aller, que je possède les capacités pour réussir. En fait, ça ne sert à rien. Ce qui me rassure c'est l'action. Avoir fait quelque chose, avoir osé, avoir progressé, même d'un petit pas.  Bon, je me disperse. Je reviens à la musique. Oui, j'ai littéralement passé des mois et de nombreuses heures à écouter des morceaux de musique pour trouver le générique pour un épisode de podcast qui n'existait pas encore. Je me rends compte que je faisais tout à l'envers. La belle musique de générique, ça fait pro. "Ah ouais, le gars il est bon à la production. Il sait où il va." Eh bien non, encore une fois, je voulais me rassurer alors que j'aurais dû agir. Pareil pour "Puissante Panoplie". Ça partait bien. Je me disais que j'allais faire simple : un morceau pour l'intro et un autre pour le générique de fin.  Et là, tu demandes pourquoi il y a plusieurs morceaux de musique tout au long de l'épisode. Je pourrais te répondre que c'est pour l'ambiance, pour que le podcast soit plus immersif. En réalité, c'est encore une histoire de confiance en moi. Ou plutôt de confiance en ma voix. J'avais fait beaucoup d'essais d'enregistrement pour trouver le ton juste, le bon débit de parole et j'ai vite compris à quel point c'est dur de parler naturellement dans un micro ! Il faut penser à ce qu'on dit, bien moduler sa voix et surtout respirer. J'ai récemment réécouté un épisode pilote, que je n'ai d'ailleurs jamais mis en ligne, et c'est comme si je chuchotais. Maintenant ça va un peu mieux, mais j'ai encore du boulot avant d'avoir le naturel d'un animateur radio. En résumé, la raison...
Permission de créer
21-08-2021
Permission de créer
On a tous entendu une version ou l'autre de l'entrepreneur qui gagne. Celui à qui tout réussit. Il a eu quelques difficultés, mais on n'en parle pas trop. Avec ce podcast, je veux parler de ce qui se passe dans les coulisses de la création. Dans la tête et dans les tripes. Quand on a autant envie de rire que de pleurer tellement c'est beau et absurde. Transcription complète : Permission de créer Hello, c'est Laurent et je suis en retard. De six mois, peut-être même d'une année. J'aurais dû lancer ce podcast lorsque je n'étais pas prêt, quand j'avais peur. Et avec du matériel bon marché. Car le but de ce nouveau podcast est de raconter l'évolution d'un projet, depuis ses débuts. Autant que possible je vais enlever les filtres et les masques. On a tous entendu ces histoires d'entrepreneurs qui gagnent, qui réussissent. Le tout en version express : "la personne avait un bon job, un jour elle a eu une révélation, elle a tout plaqué et maintenant tout fonctionne. C'était dur au début, mais elle contente d'elle." Et c'est tout. Mais tu te fiches de moi ? T'en as bavé ? T'as douté ? T'as eu des soucis d'argent ? Et tes amis ? Comment veux-tu que je puisse m'identifier à ça ?! Alors, j'ai envie de parler de mon parcours en entier, de ce que j'appelle le puissant bazar. Cette impression constante que je ne sais pas ce que je fais, mais que ça va me mener à quelque chose de grand. D'ailleurs, c'est l'épisode 1 et je vais déjà te dire quel est mon but ultime. Enfin, un peu plus tard. ;-) Place d'abord au générique. Bienvenue dans Puissant Chantier et... je n'ai pas encore le slogan. J'ai même pas encore la musique. Je pourrais dire que c'est le faux-jumeau de Puissante Panoplie, que c'est un podcast qui montre les coulisses d'un autre podcast. Ce n'est pas faux, mais je pense que ça va encore plus loin, plus profond. Ca explique ce qu'on ressent quand on créé. Ca montre tout le trafic qui passe par la tête. Je veux être humain et faire passer mes émotions à travers ce micro, même si c'est déjà filtre. Ca ne sera jamais aussi fort qu'en direct, mais si je dois rire, crier ou pleurer eh bien je vais garder et diffuser l'enregistrement. Parce que je veux que lorsque tu entendes ces mots tu puisses te dire : oui, je suis passée par là, je te comprends. Et j'aimerais t'être utile. Je veux que tu saches que tu n'es pas la seule personne à lutter contre toi-même. J'ai 44 ans et je suis en colère contre moi-même car ce n'est que maintenant que je me donne vraiment la permission de créer. A fond. Jusqu'à présent, j'ai fait de la photo, de la vidéo. J'ai un peu dessiné, un peu écrit. Sans être à l'aise avec mon statut de créateur, d'artiste. Les artistes, ce sont les autres, les grands, les inaccessibles. Moi, je n'ai pas droit à ça. Eh bien merde, oui j'en ai le droit. Les grands ont des années d'expérience derrière eux car ils ont commencé avant moi. Mais aussi, j'ai le droit de commencer. J'ai le droit d'être moyen et d'hésiter, de procrastiner, de douter. Maintenant, j'ai du matériel audio probablement trop bien pour un débutant. Mais j'ai toujours peur. Peur d'être jugé. Peur de ne pas être assez bon. Peur qu'on me dise que je me prends la tête et que je ne suis pas un artiste. Pour moi, être artiste, c'est être un interprète du réel. Le réel, c'est la matière première, la seule qui existe. Même si on invente, l'ancrage est toujours dans le réel. Je veux faire réagir les gens, même l'espace d'une poignée de secondes. J'ai peur de l'indifférence, de ne servir à rien. Ca me tient à coeur parce que créer, c'est en moi. Si je n'utilise pas la créativité, elle va me bouffer de l'intérieur. Elle va me punir. Ma mission est de créer. Je n'ai pas le choix et mon but est d'être payé pour ce que je suis : un créateur, un artiste. Souvent, je me noie dans mes doutes et lorsqu'on me paie pour mon travail, c'est la confirmation ultime que je suis utile pour au moins une personne. Et ça, c'est...