Chroniques Musicales

Le Village Pop

Ballades autour d'un rapport singulier et pluriel à la musique

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51 - Partir au travail en musique
28-06-2021
51 - Partir au travail en musique
Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Jesca Hoop "Pegasi" Texte : Ce matin, tu navigues entre jour et nuit, sommeil et éveil, une voix angélique te convie, tu es tout autant cheval ailé qu’étoile filante, pris dans des sentiments contradictoires. Quelques arpèges aériens et douces inflexions vocales soulèvent ton esprit et son enveloppe et les maintiennent en lévitation, tu flottes au-delà de la pensée et des mots. Tu fermes les yeux, tu es serein, tu échappes, quelques précieuses minutes, à l’âpreté du monde et aux regards que tu voudrais insignifiants mais qui t’éraflent trop souvent. Pour le moment tu es trop haut, trop loin pour être affecté par leur accusateur examen. Tu absorbes la lumière qui délicatement te baigne, tu la gardes précieusement en toi, possible viatique pour de prochains voyages. This morning you are sailing between day and night, sleep and wakefulness, an angelic voice beckons you, you are as much a winged horse as a shooting star, caught up in contradictory feelings. A few airy arpeggios and soft vocal inflections lift your spirit and its envelope and keep them levitating, you float beyond thought and words. You close your eyes, you are serene, you escape, for a few precious minutes, from the harshness of the world and from the looks that you would like to be insignificant but that scratch you too often. For the moment you are too high, too far away to be affected by their accusing scrutiny. You absorb the light that delicately bathes you, you keep it preciously inside you, possible viaticum for future journeys.  Soutenez-nous !
87 - Partir au travail en musique
21-06-2021
87 - Partir au travail en musique
Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Mississippi Fred Mc Dowell "You Gotta Move" Texte : Le glissement heurté sur les cordes cisaille l’air du matin naissant comme le ferait la lame rouillée du couteau ou l’éclat de verre échappé de la bouteille violemment jetée au sol. De l’injonction au mouvement du divin créateur tu ne retiens que l’idée générale et tu concentres ton attention sur la puissance évocatrice de la voix et les réponses que lui apporte l’instrument en rien moins fervent. Tout est là, aucun discours ne saurait réellement décrire la force de la présente interprétation. Tu ne parviens pas à glisser au sein de tes phrases ce qui se passe ici, dans les interstices entre les harmoniques provoquées par le raclement des cordes et la vigueur de la voix. Tu te heurtes aux limites de ce que peuvent tes mots. En revanche ce que ceux-ci te refusent, tes oreilles, ton corps, ta peau te l’accordent avec générosité. Une fois de plus, nait du dépouillement une richesse infinie de sensations. The clash of strings shears the morning air as the rusty blade of a knife or the shard of glass from a bottle thrown violently to the ground would. From the divine creator's injunction to move you retain only the general idea and concentrate your attention on the evocative power of the voice and the responses that the instrument brings to it, no less fervent. It's all there, no words can really describe the power of this performance. You don't manage to slip into your sentences what is happening here, in the interstices between the harmonics provoked by the scraping of the strings and the vigour of the voice. You come up against the limits of what your words can do. On the other hand, your ears, your body and your skin generously grant you what they refuse you. Once again, an infinite wealth of sensations is born from the stripping down. Soutenez-nous !
50 - Partir au travail en musique
14-06-2021
50 - Partir au travail en musique
Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Ramones "Sheena Is a Punk Rocker" Texte : Ce matin, tu es songeur, la question chatouille ton aversion pour le monde marchand : comment ces quatre traine-savates new yorkais se sont-ils retrouvés embrigadés sous forme de tee-shirt sur le dos d’influenceuses de réseaux sociaux ? Rien ne laissait présager cet avenir désincarné pour les hérauts d’un punk rock encore balbutiant. Souvent, ils ont été considérés comme des têtes de nœuds. Il est vrai que contrairement aux Têtes Parlantes, leurs collègues de CBGB, ils ont plutôt porté la crétinerie en étendard. Et pourtant, cette chanson aurait pu être écrite par Brian Wilson, tant elle donne l’impression que les rouleaux californiens pourraient lécher les pieds de la statue de la liberté. Et pourtant, tu n’échangerais pas les trois accords de ce riff essentiel contre toute la production de guitaristes persuadés, parce qu’ils ont dix-huit doigts véloces, de faire de la musique. Et pourtant, on oublie souvent que, derrière l’improbable silhouette dégingandée de Joey, se cache un excellent chanteur. Et pourtant ils te sont indispensables. Que dirait Sheena de tout ça ; sans aucun doute « One, Two,, Gabba Gabba Hey !!! » This morning, you're thinking, the question tickling your aversion to the commercial world: how did these four New York trainees end up as a T-shirt on the backs of social networking influencers? Nothing suggested this disembodied future for the heralds of punk rock in its infancy. Often, they were considered to be dickheads. It's true that, unlike their CBGB colleagues, the Talking Heads, they were more likely to wear their cretinism as a standard. And yet, this song could have been written by Brian Wilson, so much so that it gives the impression that Californian rollers could lick the feet of the Statue of Liberty. And yet, you wouldn't trade the three chords of this essential riff for the entire output of guitarists convinced, because they have eighteen speedy fingers, that they are making music. And yet, we often forget that behind Joey's improbable gangly figure lies an excellent singer. And yet they are indispensable to you. What would Sheena say about all this; without a doubt "One, Two,, Gabba Gabba Hey!!! "     Soutenez-nous !
86 - Partir au travail en musique
07-06-2021
86 - Partir au travail en musique
Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Buzzcocks  "Why Can’t I Touch It" Texte : Ce matin, contre toute vraisemblance physiologique, ton rythme cardiaque adopte celui d’une basse entêtante. Tu te balances en épousant corporellement l’alternance des guitares qui persistera bien après que se sera tue la voix. Moins rageuses qu’à leur habitude, elles évoquent la finesse des dialogues au sein de Television. La frustration qu’énonce Pete Shelley, d’une voix pourtant plus affirmée que fébrile, ne t’est pas étrangère, quand s’efface progressivement, sans toutefois disparaitre, la frontière entre le désir et sa concrétisation. Tu pressens qu’aujourd’hui tu sauras la surmonter. Malgré son thème, cette chanson ne dépare pas de l’atmosphère de cette matinée et augure de ce que sera la luminosité du jour. Tu souris.    This morning, against all physiological likelihood, your heartbeat adopts that of a heady bass. You sway to the alternating guitars, which continue long after the voice has died down. Less raging than usual, they evoke the finesse of the dialogues within Television. The frustration expressed by Pete Shelley, in a voice that is more assertive than feverish, is not foreign to you, when the frontier between desire and its concretization progressively disappears, without however disappearing. You feel that today you will be able to overcome it. In spite of its theme, this song is not out of place in the atmosphere of this morning and augurs what the brightness of the day will be. You smile.    Soutenez-nous !