Monde sensible

Magali Flesia

Je m'appelle Magali Flesia, je suis coach et superviseur. Ce podcast s’adresse aux professionnels de l’accompagnement qui souhaitent découvrir une manière parmi d’autres d’utiliser les techniques de l’improvisation appliquées au coaching, à la supervision, à la formation et à l’animation d’ateliers de cohésion en entreprise. Il a pour vocation de valoriser les approches "tête-coeur-corps", et de réhabiliter sensibilité et intuition dans le domaine professionnel. J'espère qu'il permettra aussi de mieux faire connaître nos métiers, parfois perçus comme "opaques". Bonne écoute ! read less

Jamais trop sensible
Il y a 4d
Jamais trop sensible
Etre sensible, c’est percevoir le monde via une multiplicité de canaux (cognitif, sensoriel, émotionnel, énergétique). C’est ressentir le réel dans son corps, au point de bugger parfois, de ne plus parvenir à structurer sa pensée. Parmi les personnalités considérées comme particulièrement sensibles par la littérature, on cite communément les Hypersensibles ou Ultra-sensibles, et les Hauts Potentiels, appelés aussi Doués, Surdoués, Surefficients, Philo-cognitifs, Emotifs talentueux, Zèbres… – la liste est loin d’être exhaustive –. Je ne rentrerai pas ici dans l’énumération des caractéristiques des personnalités ultra-sensibles ou à haut potentiel, car la littérature en regorge. Au sujet des HP, ma vision rejoint celle décrite par Cécile Bost dans son livre : Être un adulte surdoué. Je ne rentrerai pas non plus dans le débat opposant les approches quantitatives et qualitatives dont font mention Sophie Brasseur et Catherine Cuche dans leur article Le Haut Potentiel en question. Sensibles, nous le sommes tous. Certains plus que d’autre, peut-être, au point de ne pas parvenir à squeezer les ressentis du corps au profit de l’intellect. Sensibles, tels des éponges, capables de révéler ce qui est, parfois malgré eux, en tant que capteurs intuitifs et subtils. Il suffit juste, peut-être d’oser ressentir. Même si on lui reconnaît des avantages de plus en plus valorisés dans notre société, la sensibilité est souvent synonyme de « fragilité » ou de « faiblesse ». Nous avons encore du chemin à parcourir. C’est normal, parce qu’elle nous chamboule et nous renvoie à ce qu’on ne peut pas maîtriser. Elle nous renvoie à notre vulnérabilité et à notre impuissance. Il suffit d’ailleurs d’observer comment les symptômes d’une (trop ?) grande sensibilité sont souvent considérées comme étant le problème, alors qu’ils sont généralement liés au fonctionnement du système au sein duquel ils s’expriment, ou en tout cas, à l’interaction entre un individu, porteur du symptôme, et le système au sein duquel il évolue. C’est comme cet enfant, que l’on amène chez le psy parce qu’il fait pipi au lit la nuit… comme si le problème, venait de lui. La sensibilité n’est pas que génératrice de difficultés. Ce qui est perçu comme une difficulté, peut aussi devenir une information précieuse et aidante à la compréhension d’un système à l’instant T. La sensibilité, aussi ultra- ou hyper- soit-elle, apparaît avant tout comme un capteur des informations révélées par le sensible. Et si l’on en croit la finesse des perceptions émotionnelle et énergétique, alors considérons ces informations comme précieuses. Jamais trop sensible, non. Car nos sensibilités sont précieuses et peuvent représenter de réels atouts, que l’on soit un professionnel de l’accompagnement, ou non. Il est selon moi important de les valoriser, et pour cela, de s’autoriser à évoluer dans des systèmes où elles ont entièrement leur place. Parfois trop sensible, oui… en ce qu’une très grande sensibilité peut faire souffrir, mentalement et physiquement, et couper le sujet du reste du monde. J’aborderai cette question dans un futur épisode… Quoi qu’il en soit, il important est selon moi de valoriser nos sensibilités en s’autorisant à évoluer dans des systèmes où elles ont entièrement leur place, tout en contribuant à nourrir une pensée sociétale plus complète et plus souple, capable d’intégrer le différent, l’unique et l’inconnu.
Monde sensible : le projet
10-01-2023
Monde sensible : le projet
Nous avons pour habitude d’utiliser soit notre tête, soit notre corps. Or, les activités qui nous invitent à faire coexister les deux dimensions en même temps, nous permettent de placer notre sensibilité au service de notre intelligence cognitive. Laisser place aux ressentis du corps et aux sensations comporte toutefois un risque : celui de laisser émerger nos émotions, et de nous reconnecter à notre vulnérabilité. Je suis convaincue que l’intelligence d’un individu ne se limite pas à sa tête, même si le sensible n’est pas toujours valorisé dans nos systèmes traditionnels. Le mot « intelligence » vient du latin intelligentia, qui désigne l’« intelligence », bien sûr, mais en tant que « faculté de percevoir » et de « comprendre ». Elle consiste à « lire, cueillir, choisir » les éléments du réel pour comprendre le monde à partir de soi. Tout ce qui nous permet de lire le monde est donc « intelligence ». En donnant à ce podcast le titre de Monde sensible, j’ai souhaité réhabiliter le monde des sensations, des ressentis, de la subjectivité. Ce monde perceptible à travers les « sens », donc palpable et bien réel, mais changeant, libre et imprévisible. Un monde qui n’exclut pas les idées et les concepts, mais les teinte de nuances, de souplesse et d’ouverture. En choisissant le titre de Monde sensible, j’ai souhaité rendre hommage à « ce qui peut être ressenti » et donc à la sensibilité, dans le sens de « faculté de sentir ». Sachant que le mot « sensibilité » a aussi pour sens « signification », le « sensible » est selon moi ce qui permet de capter le sens. Je considère le ressenti, bien que subjectif, témoin d’une réalité qui, même si unique parfois, a toute sa place et sa légitimité, tout autant que la réalité identifiable et mesurable, reconnue par tous. Et pourtant, le Monde sensible est décrié depuis l’Antiquité, et désigné par la pensée scientifique de forme dégradée et inférieure du monde « vrai », le Monde intelligible. Il désigne, depuis Platon, le monde des sensations : terrestre, mouvant, éphémère et subjectif ; relié à la sphère du désir et de la passion, et bien éloigné de la raison. Face à lui, le monde intelligible : monde de la raison, de la réalité fixe et immuable créée par Dieu d’abord, puis validée et soutenue par les sciences. Il n’est pas question de suprématie d’un monde sur l’autre. Selon moi, raison et sensible sont complémentaires et indissociables. Si la réalité n’était que constituée de faits et de visible validés par tous, alors il n’existerait qu’une seule réalité. Or, quand nous avons la capacité de ressentir le monde, quand nous percevons la réalité « palpable », et que nous sommes aussi en mesure de la « palper » par des canaux sensoriels émotionnels ou énergétiques, alors il est difficile de se limiter au visible. Cette capacité à capter l’invisible, c’est la sensibilité, qui est bien réelle, puisqu’elle se base sur nos « sens », mais qui est à la fois subjective, spécifique, mouvante et insaisissable. Parce qu’elle ne peut pas être fixée, parce qu’elle est incertaine, elle fait peur. Protégeons-nous derrière nos certitudes ! Je souhaite, grâce à ce podcast composé d’autant d’espaces-temps de témoignages et de partages, donner à voir le déploiement de personnalités sensibles à un instant T, le temps d’une séance de coaching, de supervision, d’un module de formation ou d’une simple interaction. Je souhaite que chacun puisse, s’il en ressent le besoin, se réconcilier avec son fonctionnement spécifique, jusqu’à affirmer sa manière toute particulière d’appréhender le réel, de comprendre et d’exprimer le monde. D’occuper enfin sa juste place, pour que le Monde sensible puisse venir nourrir et complexifier la pensée cognitive, trop souvent souveraine à mon goût. Pour un monde moins binaire, moins exclusif, moins rigide, moins catégorique, peut-être. Prêt à intégrer davantage le différent, l’incertain et l’imprévu.